Journal of Canadian Art History / Annales d'histoire de l'art canadien

Archive of past issues

Vol. XX (Anniversary, combined) (1999)

Articles

La république des castors de la Hontan

Savoir indien et mythologie blanche

François-Marc Gagnon

Le premier projet de cet article entendait capitaliser sur une recherche déjà faite et publiée il y a quelques années. Il y aurait été question de La Hontan et de ses informateurs indiens et aurait porté essentiellement sur le rôle du langage dans les sociétés animales et spécialement dans celle des castors, telle qu'on l'imaginait au début du XVIIIe siècle. C'est en cherchant à reconstituer le contexte du débat sur le langage des bêtes à cette époque que j'ai découvert un auteur que je ne connaissais pas et qui m'a lancé sur une piste nouvelle—pour moi—et qui m'amène à présenter ici plutôt un complément à mon petit livre1 qu'une simple reprise de quelques unes de ses conclusions.

translated summary:

The Republic of Beavers by La Hontan

To know Native and White Mythology

This article presents a preliminary exploration of eighteenth-century thought on the language of animals, especially beavers. Illustrations of the period which show beavers working together on the construction of their lodges and their dams can be examined in this context. The perceptions of Father Guillaume Hyacinthe Bougeant, Buffon and Charles Bonnet, as well as Jean-Jacques Rousseau, who dedicated a few lines to the subject, are each examined. Certain thinkers, such as Bougeant, endowed beavers with a soul and language. Others hesitated to go so far; Buffon's opinion seemed to vacillate between the Cartesian concept of animal as mere machines, devoid of a soul and the ability to reason, and the view that acknowledges the emotions of domestic animals. Bonnet and Rousseau added to the debate, by introducing an important distinction between natural and conventional language, of which the latter is the sole privilege of human beings.

Les envois de tableaux européens de Philippe-Jean-Louis Desjardins à Québec, en 1817 et 1820

Établissement du contenu

Laurier Lacroix

L'arrivée de 180 grands tableaux à sujet religieux à Québec en 1817 et 1820 connus sous le terme impropre de «collection Desjardins» occupe une place relativement importante dans l'histoire de l'art au Québec. Alors que les principaux acteurs, les abbés Philippe-Jean-Louis (1753–1833) et Louis-Joseph Desjardins (1766–1848) ont tout fait pour amenuiser le rayonnement public de leur action, vers 1880 commence à se construire un discours de célébration du geste des deux prêtres émigrés qui avaient trouvé asile dans le diocèse de Québec. Cette mise en valeur d'un héritage français de l'Ancien Régime a favorisé l'émergence du concept de «collection» afin de distinguer les tableaux qui ont transité par les abbés Desjardins. Il me semble plus juste de qualifier ces deux envois comme un «fonds de tableaux», et non pas comme un regroupement cohérent d'œuvres réuni en vue d'être apprécié dans son ensemble. Ces envois se comparent plutôt à des lots de tableaux hétérogènes, voire disparates, et qui étaient destinés au commerce.

translated summary:

Shipments of European Paintings Sent by Philippe-Jean-Louis Desjardins to Quebec in 1817 and 1820

Establishing The Contents

In 1817 and 1820, 180 large religious paintings arrived in Quebec. These paintings occupy a relatively important place in Quebec art history and have become known inappropriately as the "Desjardins Collection." Although the principal protagonists, the abbes Philippe-Jean-Louis (1753–1833) and Louis-Joseph Desjardins (1766–1848), did everything possible to keep their actions from becoming public, around 1880 a discourse began celebrating the gesture of these two emigré priests who had found a refuge in the Diocese of Quebec. The emphasis on the French heritage of the Ancien Régime encouraged the concept of a "collection" in order to distinguish those paintings that had passed through the hands of the abbes Desjardins. It would seem more accurate to describe these two shipments as a fonds of paintings, as they were not a coherent group of works brought together to be appreciated as a whole. Instead, the paintings should be compared to lots of mixed, even mismatched paintings which were intended for commercial sale.

Une résidence oubliée

La maison de Louis-Hippolite LaFontaine

Jean Bélisle

Le 25 avril 1999, on célèbre sur la Place d'Youville le cent cinquantième anniversaire des émeutes qui en 1849, ont marqué l'adoption par Lord Elgin du «Bill à l'effet d'indemniser ceux qui ont subi des pertes durant les troubles politiques». Les événements sont bien connus. Suite à la promulgation de la loi, Elgin doit quitter le parlement du Canada-uni sous une pluie d'œufs. Le parlement se trouvait à cette époque dans le marché Sainte-Anne sur la Place d'Youville. Au cours de la soirée, alors que les parlementaires discutaient un projet de loi de LaFontaine pour améliorer l'administration de la justice, le marché Sainte-Anne est attaqué par les émeutiers. Ces derniers envahissent le parlement et y mettent le feu. En moins d'une heure le parlement est réduit à l'état de ruines. Sa célèbre bibliothèque s'envole en fumée. Les émeutiers se dirigent ensuite vers le faubourg Saint-Antoine pour s'en prendre à la résidence du premier ministre.

translated summary:

A Forgotten Residence

The Louis-Hippolyte LaFontaine House

One hundred and fifty years ago, on April 25th, 1849, the Parliament of United Canada was destroyed by a fire started by rioters protesting the indemnification law intended to compensate people who had suffered losses during the 1837 and 1838 rebellions. Not satisfied with the destruction of the Parliament, the protesters decided to take over Louis-Hippolyte LaFontaine's house in the Faubourg Saint-Antoine. The house was sacked and the outbuildings burned by rioters. Then, strangely, the LaFontaine house disappeared from our collective memory until 1987 when two entrepreneurs, Douglas Cohen and Martin Landau, decided to develop the property where the house is situated. This was met with ferocious opposition when it was discovered that the building, where LaFontaine died on February 26, 1864, was located in the area. The house was then named an historic monument by the City of Montreal. In September 1990 the refrigerated warehouse next to its east wall was demolished and the "restoration" of the house began. This was, however, a disaster. All the interior walls were destroyed, and the east, north and west facades were almost completely reworked. When the work was finished, very little remained of the original house which had now been vandalized twice.

"Synchromism" in Canada

Lawren Harris, Decorative Landscape, and Willard Huntington Wright, 1916–1917

Brian Foss

On 10 March 1917 the (Toronto) Mail and Empire published a review of the annual exhibition of the Ontario Society of Artists. The unidentified critic observed that, because Lawren Harris was serving in the Army, he had opted to exhibit only one picture: his aptly-titled Decorative Landscape. This painting, the critic noted, "is an experiment in color. He has painted a bright yellow sky, a sky so yellow that it seems to give off light, and against it are outlined stiff, brittle fir trees with rocks in the foreground. It suggests a little of the technique of a stained glass window and is not Mr. Harris at his best."

Les carnets de dessins de Marian Dale Scott

Esther Trépanier

Au moment où la rédactrice en chef des Annales d'histoire de l'art canadien nous faisait part de son désir de célébrer le 25e anniversaire de la revue par un numéro spécial composé de textes rédigés par les membres du comité de rédaction, j'étais plongée dans l'écriture de l'ouvrage devant accompagner l'exposition rétrospective1 de l'artiste montréalaise Marian Dale Scott (1906–1993). Ce travail ne me laissait aucun répit et je m'apprêtais à devoir refuser l'invitation de Sandra Paikowsky, faute de temps pour effectuer la recherche nécessaire à la rédaction d'un texte nouveau. J'étais alors à travailler sur les deux carnets de dessins au trait réalisés par Marian Dale Scott dans les années 1940, carnets qu'elle a légués après son décès, avec, entre autres, son journal, sa correspondance et ses papiers personnels, aux Archives nationales du Canada. Les dessins de ces carnets traitent largement de sujets intimistes et présentent une approche plus spontanée du sujet que les œuvres à l'huile des décennies 1930 et 1940. Au niveau technique, ils s'inscrivent le plus souvent dans la lignée des dessins de Picasso et de Matisse. L'écart entre ces dessins, essentiellement figuratifs, et la production peinte s'accroît à partir de 1941, puisque c'est durant cette année que Marian Dale Scott commence à travailler à la réalisation de la murale Endocrinology commandée par Hans Selye pour le département d'histologie du Medical Building de l'Université McGill.

translated summary:

Marian Dale Scott'S Sketchbooks

This article discusses the two sketchbooks that Marian Dale Scott bequeathed to the National Archives of Canada upon her death in 1993. These sketchbooks contain almost 190 drawings made over a period of ten years from 1940 to 1950. Technically, the images are most often influenced by the drawings of Picasso and Matisse. They deal with a wide range of intimate subjects and present a more spontaneous approach to a subject than her works in oil. As well as being of aesthetic importance, the sketchbooks present themes of biographical and social interest - portraits of family and friends, scenes of everyday life, leisure, and cultural and political events.

Constructing an Identity

The 1952 XXVI Biennale di Venezia and "The Projection of Canada Abroad"

Sandra Paikowsky

In 1952, Canada was officially represented for the first time at the Venice Biennale. Her debut appearance at "the most famous art exhibition in the world" positioned Canada on the world stage and marked the first significant "projection abroad" of her aesthetic identity in the post-war era. Canada's participation at the XXVI Biennale is a striking reflection of the country's growing confidence in the international arena immediately following the conclusion of World War II. The most important symbol of this new sense of nationhood within a global context was the establishment of Canada's political position as a middle power. As a consequence of this recognition, the Massey Report introduced a mandate for an energetic cultural foreign policy and by extension, encouraged the proactive involvement of the National Gallery of Canada in the world's art community. The Gallery's presentation of paintings by Emily Carr, David Milne, Goodridge Roberts and Alfred Pellan at the 1952 Biennale from 14 June to 19 October exemplifies the museum's determination to establish an international presence. This raises issues surrounding the presumption of an official national art and the institutional authentication of culture. The National Gallery's modus operandi and its implications in the context of the international audience of the XXVI Biennale di Venezia is the subject of this discussion.

Le flanneur et l'allégorie

Fragments sur les photographies de Charles Gagnon

Olivier Asselin

Sans titre — Sackville, N.B., 1973: Une peau de tigre, un ventilateur et un fer à repasser sur une planche. La rencontre est improbable, comme celle d'une machine à coudre et d'un parapluie sur une table de dissection. Etrange aussi. Et elle suscite le même sentiment: une vague inquiétude, que le langage tentera, en vain, de dissiper, avec quelques questions déjà, du genre: «Qu'est-ce que cela signifie?». À première vue, ces objets n'ont rien à voir les uns avec les autres. Mais peu à peu d'étranges correspondances se nouent entre eux, entre la planche à repasser et la peau de tigre aplatie, entre le tigre rugissant et le ventilateur arrêté, entre le ventilateur arrêté et le fer refroidissant, entre le seau à cendres et le verre d'eau, etc. Et pourtant tous ces objets sont immobilisés, comme pétrifiés dans la lumière brûlante du midi, et le mystère reste entier. La plupart des photographies de Charles Gagnon sont peut-être ainsi des énigmes — ou des griphes (comme le disaient les anciens).

translated summary:

The Flâneur and the Allegory

Fragments on the Photographs of Charles Gagnon

In the photograph Sans titre – Sackville, N.B., 1973, we see a tiger skin, an electric fan and an iron on an ironing board. The grouping is improbable and strange, like the one with a sewing machine and an umbrella on a dissecting table. Both stir up the same vaguely troubling feeling that words will try vainly to dispel with questions such as "What does this mean?" At first glance, these objects have nothing in common. But slowly, strange connections are made between the ironing board and the flattened tiger skin, between the roaring tiger and the motionless fan, between the motionless fan and the cooling iron, between the pail of ashes and the glass of water and so on. And yet, all these objects are still, frozen in the blazing noon light and the mystery remains intact. Most of Charles Gagnon's photographs could be thought of as enigmas - or logogriphs - or more properly allegories.

Rodin, Laliberté et les autres

Réalités et perception d'un musée d'art

John R. Porter

Il est de bon ton qu'un directeur général de musée fasse le point sur les réalisations récentes de son institution, particulièrement lorsque celle-ci vient de connaître un beau succès dont la portée a été internationale. Par contre, il n'est pas courant qu'un spécialiste de l'art du Québec — et universitaire de surcroît — assumant une fonction de gestionnaire dans un musée d'Etat se prête à un tel exercice pour une revue savante à laquelle son nom est associé depuis plus de quinze ans et dans laquelle il a déjà commis des articles «savants» assortis d'un appareil scientifique conséquent! «Mais puisqu'on m'y invite, me suis-je dit, et que j'ai toute latitude quant au choix de mon propos, pourquoi ne pas y aller de réflexions à bâtons rompus en adoptant le point de vue d'un historien de l'art qui, il y a bientôt dix ans, sautait la clôture et troquait la théorie universitaire pour le beau risque quotidien des responsabilités muséales.» Après tout, ce n'est pas parce qu'un historien de l'art devient administrateur ou directeur de musée qu'il cesse pour cela de réfléchir, d'autant plus qu'au cœur de la vie quotidienne d'un musée on a la possibilité d'accomplir certaines choses et d'en comprendre d'autres, aussi bien en matérialisant ses rêves qu'en vivant certains cauchemars!

translated summary:

Rodin, Laliberté and Others

Reality and the perception of an art museum

This article analyzes the Musée du Québec's recent exhibitions and puts them into perspective by reflecting on the museological institution and its obligation to preserve memory that is the responsibility of those who built it. The text is a continuation of lectures and papers presented at conferences, and pursues a reflection made when writing prefaces for the Museum's publications.